Droit du Travail & Gestion RH (Côté Employeur & Cadres Dirigeants)
13/3/26

Détachement et expatriation de salariés : cadre juridique complet

Détachement et expatriation : régimes juridiques, protection sociale, obligations de l'employeur et bonnes pratiques de mobilité internationale.

Lorsqu'une entreprise française envoie un salarié travailler à l'étranger, elle doit choisir entre deux régimes juridiques distincts : le détachement et l'expatriation. Ce choix a des conséquences majeures sur le contrat de travail, la protection sociale, la fiscalité et les obligations de l'employeur. Mal maîtrisée, la mobilité internationale des salariés expose l'entreprise à des risques financiers, sociaux et contentieux considérables.

Dans un contexte de mondialisation des échanges et de développement des groupes internationaux, le détachement et l'expatriation concernent un nombre croissant d'entreprises françaises, des grands groupes aux PME en pleine expansion. En tant qu'avocat d'affaires, j'accompagne régulièrement des dirigeants dans la structuration juridique de leurs opérations de mobilité internationale. Ce guide complet vous présente le cadre juridique applicable à chacun de ces régimes, les obligations spécifiques de l'employeur, les pièges à éviter et les bonnes pratiques pour sécuriser la mobilité internationale de vos collaborateurs.

Le détachement de salariés : maintien du lien avec la France

Définition et cadre juridique du détachement

Le détachement consiste à envoyer temporairement un salarié travailler à l'étranger tout en maintenant son rattachement au régime français de sécurité sociale. Le salarié détaché conserve son contrat de travail français et continue de cotiser aux régimes sociaux français comme s'il exerçait son activité sur le territoire national. L'article L. 761-1 du Code de la sécurité sociale prévoit que les travailleurs détachés temporairement à l'étranger qui demeurent soumis à la législation française de sécurité sociale sont réputés avoir leur résidence et leur lieu de travail en France.

Le détachement s'inscrit dans un cadre juridique qui varie selon le pays de destination. Au sein de l'Union européenne et de l'Espace économique européen, le détachement est régi par le règlement européen n° 883/2004 portant coordination des systèmes de sécurité sociale. Ce règlement pose le principe de l'unicité de la législation applicable : le salarié ne peut être soumis qu'à un seul régime de sécurité sociale. Lorsque le détachement est régulier, le salarié reste affilié au régime français et l'employeur obtient un certificat A1 (anciennement formulaire E 101) attestant de cette affiliation.

Pour les pays hors Union européenne, le détachement est possible dans le cadre de conventions bilatérales de sécurité sociale signées entre la France et le pays de destination (environ 40 conventions en vigueur). En l'absence de convention, le détachement peut être organisé sur le fondement de l'article L. 761-2 du Code de la sécurité sociale, qui permet le maintien volontaire au régime français, mais cette solution est plus coûteuse car l'employeur supporte alors les cotisations françaises en plus des cotisations locales éventuelles (situation de double cotisation).

Conditions et durée du détachement

Le détachement est par nature temporaire. Sa durée maximale varie selon le cadre juridique applicable. Dans le cadre du règlement européen n° 883/2004, la durée initiale du détachement est limitée à 24 mois. Cette durée peut être prolongée par accord entre les institutions compétentes des deux États concernés, mais la prolongation doit rester exceptionnelle et justifiée par l'intérêt du salarié. Dans le cadre des conventions bilatérales, la durée maximale varie généralement entre 12 mois et 5 ans selon les conventions.

Plusieurs conditions doivent être réunies pour que le détachement soit valable. L'employeur doit exercer une activité substantielle en France (il ne suffit pas d'avoir un simple siège social). Le salarié doit avoir été soumis au régime français de sécurité sociale avant le début du détachement. Le détachement doit avoir été prévu dès l'origine pour une durée limitée. Enfin, le salarié ne doit pas être envoyé pour remplacer un autre salarié détaché dont la période de détachement a expiré.

L'employeur doit obtenir le certificat A1 avant le début du détachement auprès de l'URSSAF compétente. Ce certificat est opposable aux institutions de sécurité sociale du pays d'accueil et protège le salarié contre toute tentative d'affiliation au régime local. La Cour de justice de l'Union européenne a confirmé le caractère contraignant du certificat A1 pour les États membres, même lorsqu'il existe des doutes sur la régularité du détachement (CJUE, 6 février 2018, Altun, C-359/16).

Obligations de l'employeur en matière de détachement

L'employeur qui détache un salarié à l'étranger doit respecter un ensemble d'obligations formelles et substantielles. Sur le plan du droit du travail, le contrat de travail français est maintenu et un avenant de détachement doit être établi, précisant la durée de la mission, le lieu d'affectation, la rémunération applicable (incluant les éventuelles primes d'expatriation), les conditions de rapatriement et les modalités de retour dans l'entreprise à l'issue du détachement.

L'employeur doit appliquer au salarié détaché les dispositions impératives du droit du travail du pays d'accueil lorsqu'elles sont plus favorables, notamment en matière de rémunération minimale, de durée du travail, de repos et de congés, de santé et sécurité au travail et de non-discrimination. C'est le principe du « noyau dur » de protection des travailleurs détachés, renforcé par la directive européenne 2018/957 du 28 juin 2018 qui a étendu l'obligation d'appliquer toutes les conditions de rémunération prévues par la loi et les conventions collectives du pays d'accueil.

Sur le plan de la sécurité sociale, l'employeur continue de verser les cotisations au régime français. Il doit obtenir et conserver le certificat A1. Sur le plan fiscal, le salarié détaché pour une durée inférieure à 183 jours sur une année fiscale reste en principe imposable en France sur la totalité de ses revenus. Au-delà de 183 jours, des règles spécifiques s'appliquent en fonction de la convention fiscale applicable entre la France et le pays d'accueil.

L'expatriation : transfert du régime social à l'étranger

Définition et caractéristiques de l'expatriation

L'expatriation se distingue fondamentalement du détachement en ce que le salarié est soumis au régime de sécurité sociale du pays d'accueil et non plus au régime français. Le contrat de travail français peut être suspendu au profit d'un contrat local, ou bien le salarié est directement embauché par une entité locale du groupe. L'expatriation est le régime de droit commun pour les affectations de longue durée à l'étranger, lorsque le détachement n'est plus possible ou plus avantageux.

Le salarié expatrié perd en principe le bénéfice de la sécurité sociale française : assurance maladie, allocations familiales, assurance vieillesse et assurance chômage. Il est affilié au régime de protection sociale du pays d'accueil, dont le niveau de couverture peut être très variable. Cette perte de couverture constitue le risque majeur de l'expatriation pour le salarié, qui peut se retrouver avec une protection sociale insuffisante, notamment en matière de retraite et de prévoyance.

Pour compenser cette perte, le salarié expatrié (ou son employeur) peut souscrire volontairement à la Caisse des Français de l'Étranger (CFE), qui propose une couverture maladie-maternité, une couverture accidents du travail et maladies professionnelles, et une assurance vieillesse. L'adhésion à la CFE est individuelle et les cotisations sont généralement prises en charge par l'employeur dans le cadre du package d'expatriation. La CFE assure une continuité de droits avec le régime français, ce qui facilite le retour du salarié.

Le contrat de travail du salarié expatrié

La situation contractuelle du salarié expatrié est plus complexe que celle du salarié détaché. Plusieurs schémas sont possibles. Le premier est la suspension du contrat français et la conclusion d'un contrat local avec l'entité du pays d'accueil. Dans ce cas, le salarié est soumis au droit du travail local pendant la durée de l'expatriation, et le contrat français reprend ses effets au retour. Le deuxième schéma est le maintien du contrat français avec un avenant d'expatriation, qui transfère la sécurité sociale au régime local tout en maintenant le lien contractuel avec l'employeur français.

Il est essentiel de prévoir contractuellement les conditions de retour du salarié expatrié. L'article L. 1231-5 du Code du travail prévoit que lorsqu'un salarié, engagé par une société mère, a été mis à disposition d'une filiale étrangère et que la filiale rompt le contrat de travail, la société mère doit assurer le rapatriement du salarié et lui procurer un nouvel emploi compatible avec l'importance de ses précédentes fonctions. Cette disposition protège le salarié contre le risque de se retrouver sans emploi à l'étranger.

La rémunération du salarié expatrié fait généralement l'objet d'un package global comprenant le salaire de base, une prime d'expatriation (généralement entre 10 % et 25 % du salaire), la prise en charge du logement, des frais de scolarité des enfants, de la couverture sociale complémentaire (CFE, mutuelle internationale, prévoyance), des voyages de retour annuels et d'un éventuel différentiel fiscal (« tax equalization ») pour neutraliser l'impact fiscal de l'expatriation.

La protection sociale du salarié expatrié

La protection sociale du salarié expatrié repose sur un système à plusieurs étages qui doit être soigneusement structuré par l'employeur. Le premier étage est le régime obligatoire du pays d'accueil, auquel le salarié est nécessairement affilié. Le deuxième étage est l'adhésion volontaire à la CFE pour maintenir une couverture de base française. Le troisième étage est constitué par les couvertures complémentaires (mutuelle internationale, prévoyance, retraite supplémentaire) souscrites par l'employeur.

En matière de retraite, l'expatriation crée un risque de lacune dans la carrière du salarié. Les trimestres cotisés dans le pays d'accueil ne sont pas automatiquement pris en compte par le régime français, sauf si une convention bilatérale de sécurité sociale prévoit la totalisation des périodes. L'adhésion à la CFE pour la branche vieillesse permet de continuer à valider des trimestres auprès du régime français. Il est également possible de cotiser volontairement aux régimes de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO par l'intermédiaire de la CRE (Caisse de Retraite des Expatriés) et de l'IRCAFEX.

En matière d'assurance chômage, le salarié expatrié ne cotise plus au régime français. Pour maintenir ses droits, l'employeur peut souscrire une affiliation volontaire auprès de Pôle emploi services (anciennement GARP). Cette affiliation ouvre des droits à l'assurance chômage française en cas de rupture du contrat de travail à l'étranger, ce qui constitue une garantie essentielle pour le salarié.

Comparaison détachement / expatriation

Tableau comparatif des deux régimes

CritèreDétachementExpatriation
DuréeTemporaire (max. 24 mois en UE)Longue durée, sans limite
Sécurité socialeRégime français maintenuRégime du pays d'accueil
Cotisations socialesCotisations françaises uniquementCotisations locales + CFE volontaire
Contrat de travailContrat français maintenu + avenantContrat local ou suspension du contrat français
RetraiteTrimestres français validés automatiquementCFE + CRE/IRCAFEX volontaires
Assurance chômageMaintien du droit françaisAffiliation volontaire Pôle emploi services
Fiscalité IRFrance (sauf séjour > 183 jours)Pays d'accueil (selon résidence fiscale)
Coût pour l'employeurCotisations françaises + charges locales éventuellesCotisations locales + CFE + complémentaires
FormalismeCertificat A1 obligatoireAvenant ou contrat local

Critères de choix entre détachement et expatriation

Le choix entre détachement et expatriation dépend de plusieurs facteurs que le dirigeant doit analyser au cas par cas. La durée prévisible de la mission est le premier critère : pour une mission de moins de deux ans au sein de l'UE, le détachement s'impose naturellement. Au-delà, l'expatriation devient la seule option. La destination géographique joue également : certains pays offrent une protection sociale de qualité comparable à la France (Allemagne, Royaume-Uni, Canada), tandis que d'autres présentent des lacunes importantes (pays en développement, certains pays du Golfe).

Le coût global est un facteur déterminant. Le détachement peut se révéler plus coûteux si les cotisations françaises sont nettement supérieures aux cotisations locales, car l'employeur supporte le coût du régime français alors que le salarié ne bénéficie pas des prestations locales. L'expatriation permet de cotiser au régime local (souvent moins coûteux) mais nécessite des couvertures complémentaires (CFE, mutuelle, prévoyance) dont le coût total peut être équivalent ou supérieur. Une simulation comparative du coût global est indispensable avant toute décision.

La situation personnelle du salarié (famille accompagnante, conjoint travaillant, enfants scolarisés) et ses attentes en matière de protection sociale (couverture maladie, retraite, prévoyance) doivent également être prises en compte. Certains salariés préfèrent maintenir l'intégralité de leur couverture française via le détachement, quitte à ce que l'employeur supporte un coût plus élevé. D'autres privilégient un package d'expatriation avec des avantages en nature (logement, scolarité, voyages) qui compensent la perte de couverture sociale.

Les aspects fiscaux de la mobilité internationale

La résidence fiscale du salarié mobile

La détermination de la résidence fiscale du salarié est un enjeu fondamental de la mobilité internationale. En droit interne français, l'article 4 B du Code général des impôts retient quatre critères alternatifs pour qualifier une personne de résident fiscal français : le foyer ou le lieu de séjour principal en France, l'exercice d'une activité professionnelle principale en France, le centre des intérêts économiques en France, ou le fait d'avoir le siège de sa fortune en France.

Lorsque le salarié remplit les critères de résidence fiscale dans deux États, la convention fiscale bilatérale applicable détermine lequel des deux États a le droit d'imposer le revenu. Les conventions fiscales suivent généralement le modèle OCDE et retiennent des critères hiérarchisés : le foyer d'habitation permanent, le centre des intérêts vitaux, le lieu de séjour habituel, et en dernier ressort la nationalité. En matière de salaires, la convention attribue en général le droit d'imposition à l'État où l'activité est exercée, sauf si le séjour n'excède pas 183 jours et si certaines autres conditions sont remplies.

Les exonérations fiscales pour les salariés détachés et expatriés

Le Code général des impôts prévoit plusieurs dispositifs d'exonération partielle ou totale pour les salariés exerçant une activité à l'étranger. L'article 81 A du CGI exonère d'impôt sur le revenu les suppléments de rémunération directement liés à l'expatriation (prime d'expatriation, indemnités destinées à compenser les sujétions liées au séjour à l'étranger), sous certaines conditions. Le salarié doit être domicilié fiscalement en France, exercer une activité à l'étranger pendant une durée supérieure à 120 jours sur douze mois consécutifs, et l'employeur doit être établi en France.

L'article 81 A-II du CGI prévoit une exonération totale des salaires perçus en rémunération de l'activité exercée à l'étranger lorsque le salarié est envoyé dans un État avec lequel la France a conclu une convention fiscale contenant une clause d'élimination de la double imposition par la méthode de l'exemption. Cette exonération est subordonnée à la condition que les salaires aient été effectivement soumis à un impôt sur le revenu dans l'État d'affectation, équivalent au moins aux deux tiers de celui qu'ils auraient supporté en France.

Pour les salariés qui ne remplissent pas les conditions de l'exonération totale, l'article 81 A-I prévoit une exonération partielle limitée aux suppléments de rémunération liés à l'expatriation. Cette exonération est particulièrement avantageuse pour les dirigeants et cadres supérieurs percevant des primes d'expatriation significatives.

L'égalisation fiscale (tax equalization)

De nombreuses entreprises mettent en place un mécanisme d'égalisation fiscale (tax equalization) pour neutraliser l'impact fiscal de la mobilité internationale sur le salarié. Le principe est simple : le salarié supporte la même charge fiscale que s'il était resté en France, et l'employeur prend en charge l'éventuel surcoût fiscal lié à l'expatriation (ou récupère l'économie si la fiscalité locale est plus favorable).

En pratique, l'employeur calcule un « impôt hypothétique » correspondant à ce que le salarié aurait payé en France sur la base de sa rémunération de référence (hors prime d'expatriation). Ce montant est retenu sur le salaire du salarié. L'employeur prend ensuite en charge le paiement de l'impôt réellement dû dans le pays d'accueil. Ce mécanisme, complexe à administrer, nécessite l'intervention d'un cabinet spécialisé en fiscalité internationale et la mise en place de procédures rigoureuses de suivi.

Les risques et contentieux de la mobilité internationale

Le risque de requalification du détachement

L'un des risques majeurs pour l'employeur est la requalification du détachement en situation d'emploi local par les autorités du pays d'accueil. Cette requalification peut intervenir lorsque le détachement excède la durée maximale autorisée, lorsque l'employeur n'exerce pas d'activité substantielle en France (détachement fictif), ou lorsque le salarié est envoyé pour remplacer un autre salarié détaché. La requalification entraîne un rappel de cotisations sociales locales, majoré de pénalités, et peut s'accompagner de sanctions pénales dans certains pays (travail dissimulé).

Au sein de l'Union européenne, la fraude au détachement fait l'objet d'une attention renforcée des autorités nationales. L'Autorité européenne du travail (ELA), opérationnelle depuis 2019, coordonne les contrôles transnationaux. Les amendes peuvent être considérables : en France, le non-respect des obligations de déclaration de détachement est sanctionné par une amende administrative pouvant atteindre 4 000 euros par salarié (8 000 euros en cas de récidive), dans la limite de 500 000 euros au total.

Le contentieux du retour de l'expatrié

Le retour du salarié expatrié est une phase sensible qui génère un contentieux abondant. L'article L. 1231-5 du Code du travail impose à la société mère de proposer au salarié un emploi compatible avec ses précédentes fonctions et d'assurer son rapatriement. La jurisprudence a précisé que l'obligation de reclassement s'apprécie au regard des fonctions occupées avant le départ à l'étranger, et non des fonctions exercées dans la filiale étrangère. Le non-respect de cette obligation constitue un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Le dirigeant doit également anticiper les questions de rémunération au retour. Le salarié qui a bénéficié d'un package d'expatriation attractif (prime, logement, scolarité) peut difficilement accepter un retour à sa rémunération de base antérieure. Cette question doit être traitée contractuellement dès le départ en prévoyant les conditions de réintégration, la prise en compte de l'ancienneté acquise à l'étranger et les éventuelles garanties de progression salariale.

La responsabilité de l'employeur en matière de sécurité

L'employeur conserve une obligation de sécurité à l'égard du salarié envoyé à l'étranger, qu'il soit détaché ou expatrié. Cette obligation couvre les risques professionnels classiques mais s'étend également aux risques spécifiques liés à la destination : risques sanitaires, risques sécuritaires (zones de conflit, criminalité), risques naturels (catastrophes, épidémies). L'employeur doit évaluer ces risques, informer le salarié, et mettre en place les mesures de protection adaptées (assurance rapatriement, plan de sécurité, formation aux risques locaux).

En cas d'accident ou de maladie survenu à l'étranger, la responsabilité de l'employeur peut être engagée sur le fondement de la faute inexcusable s'il avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas pris les mesures nécessaires pour en protéger le salarié. Les contentieux liés à la sécurité des salariés à l'étranger se sont multipliés ces dernières années, notamment à la suite de la crise sanitaire du Covid-19 et des conflits géopolitiques qui ont affecté plusieurs zones de détachement traditionnel.

Les bonnes pratiques pour sécuriser la mobilité internationale

Structurer la politique de mobilité internationale

Les entreprises qui envoient régulièrement des salariés à l'étranger ont tout intérêt à formaliser une politique de mobilité internationale structurée. Ce document cadre définit les critères de choix entre détachement et expatriation, les packages de rémunération standard par zone géographique, les couvertures sociales et d'assurance, les procédures de gestion administrative et les conditions de retour. La formalisation de cette politique permet d'assurer un traitement équitable entre les salariés mobiles et de sécuriser les pratiques de l'entreprise en cas de contrôle.

Il est recommandé de mettre en place un processus de décision structuré impliquant la direction des ressources humaines, la direction financière, la direction juridique et le cas échéant un conseil externe spécialisé en mobilité internationale. Chaque mission à l'étranger doit faire l'objet d'une analyse préalable couvrant le choix du régime (détachement ou expatriation), le coût global prévisionnel, les obligations légales dans le pays d'accueil, la protection sociale et les implications fiscales.

Les documents contractuels essentiels

Toute opération de mobilité internationale doit être formalisée par des documents contractuels adaptés. Pour le détachement, un avenant au contrat de travail doit préciser la durée de la mission, le lieu d'affectation, les conditions de rémunération (y compris les primes et indemnités), le maintien de la couverture sociale française, les obligations spécifiques liées au pays d'accueil et les conditions de retour.

Pour l'expatriation, il est préférable de rédiger un contrat d'expatriation complet (ou un avenant détaillé) distinct du contrat de travail initial. Ce document doit couvrir la rémunération globale (salaire de base, primes, avantages en nature), la protection sociale (affiliation au régime local, CFE, complémentaires), la fiscalité (mécanisme de tax equalization le cas échéant), les conditions matérielles (logement, déménagement, scolarité), les congés et voyages de retour, et surtout les conditions précises de réintégration à l'issue de la mission.

L'accompagnement du salarié et de sa famille

La réussite d'une opération de mobilité internationale repose largement sur la qualité de l'accompagnement proposé au salarié et à sa famille. Un programme d'accompagnement complet comprend une préparation interculturelle, une assistance à l'installation (recherche de logement, scolarisation des enfants, démarches administratives), un suivi régulier pendant la mission et une préparation au retour.

Le conjoint accompagnant est souvent le facteur clé de succès ou d'échec de la mission. Nombre d'échecs d'expatriation sont liés à l'impossibilité pour le conjoint de trouver un emploi dans le pays d'accueil ou à son isolement social. Certaines entreprises proposent un accompagnement spécifique du conjoint (aide à la recherche d'emploi, formation linguistique, compensation financière). Cet investissement, modeste au regard du coût global de l'expatriation, réduit considérablement le risque de retour anticipé.

FAQ : détachement et expatriation de salariés

Quelle est la différence fondamentale entre détachement et expatriation ?

La différence fondamentale porte sur le régime de sécurité sociale applicable. Le salarié détaché reste affilié au régime français de sécurité sociale et continue de cotiser en France. Le salarié expatrié est affilié au régime du pays d'accueil et sort du régime français (sauf adhésion volontaire à la CFE). Cette distinction conditionne l'ensemble du traitement social, fiscal et contractuel de la mission à l'étranger.

Peut-on prolonger un détachement au-delà de 24 mois dans l'UE ?

Oui, une prolongation au-delà de 24 mois est possible par accord dérogatoire entre les institutions de sécurité sociale des deux États concernés (article 16 du règlement n° 883/2004). La demande doit être justifiée par l'intérêt du salarié et présenter un caractère exceptionnel. En pratique, ces prolongations sont accordées au cas par cas et ne sont pas automatiques. Au-delà, le basculement vers l'expatriation s'impose.

L'employeur est-il obligé de prendre en charge la CFE pour un expatrié ?

Non, l'adhésion à la CFE est volontaire et il n'existe pas d'obligation légale pour l'employeur de la prendre en charge. Toutefois, la prise en charge de la CFE est une pratique courante et fortement recommandée dans le cadre du devoir de loyauté de l'employeur. Un salarié expatrié sans couverture sociale adéquate pourrait reprocher à l'employeur un manquement à son obligation de sécurité. La prise en charge de la CFE fait généralement partie du package d'expatriation négocié entre les parties.

Que se passe-t-il en cas de rupture du contrat pendant l'expatriation ?

Si le contrat de travail est rompu pendant l'expatriation, la loi applicable à la rupture dépend de la structuration contractuelle. Si le contrat français a été suspendu et qu'un contrat local est en vigueur, la rupture relève du droit local. Toutefois, la société mère française conserve son obligation de rapatriement et de reclassement prévue par l'article L. 1231-5 du Code du travail. Le non-respect de ces obligations constitue un licenciement sans cause réelle et sérieuse ouvrant droit à des dommages et intérêts significatifs.

Comment sont comptabilisés les trimestres de retraite pendant l'expatriation ?

Pendant l'expatriation, les trimestres de retraite ne sont pas automatiquement validés par le régime français. Trois solutions permettent de maintenir les droits à la retraite : l'adhésion à la CFE branche vieillesse (validation de trimestres au régime de base), la cotisation volontaire à la CRE et à l'IRCAFEX (retraite complémentaire), et la prise en compte des périodes étrangères dans le cadre d'une convention bilatérale de sécurité sociale (totalisation des périodes). La combinaison de ces trois dispositifs garantit une couverture retraite complète.

L'entreprise peut-elle détacher un salarié nouvellement embauché ?

En principe, oui, mais le règlement européen n° 883/2004 exige que le salarié ait été soumis au régime français de sécurité sociale avant le début du détachement. Cette condition implique que le salarié ait été affilié au régime français, ne serait-ce que brièvement, avant le départ. En pratique, il est recommandé que le salarié ait travaillé au moins un mois en France avant le détachement pour sécuriser la situation vis-à-vis des organismes de sécurité sociale.

Quels sont les risques en cas de non-obtention du certificat A1 ?

L'absence de certificat A1 expose l'employeur au risque que les autorités du pays d'accueil exigent l'affiliation au régime local du salarié, avec rappel de cotisations et pénalités. Le salarié pourrait se retrouver dans une situation de double cotisation (France et pays d'accueil) sans possibilité de récupérer les sommes indûment versées. L'employeur s'expose également à des sanctions administratives pour travail dissimulé dans certains pays. Il est donc impératif d'obtenir le certificat A1 avant le départ du salarié.

Guillaume Leclerc, avocat d'affaires à Paris, 34 Avenue des Champs-Élysées. Pour sécuriser vos opérations de mobilité internationale et structurer vos packages de détachement ou d'expatriation, n'hésitez pas à prendre rendez-vous pour une consultation personnalisée.